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Bons baisers du Richistan

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mercredi 21 août 2013

La crise vue de Deauville: luxe, yearlings et volupté

Tournois de polo, courses hippiques, ventes aux enchères de poulains ou de tableaux… La France de tout en haut dépense sans compter.  Alors que les 500 plus grandes fortunes professionnelles ont bondi de 25% l’année dernière, plongée chez les habitués de la station balnéaire du Calvados, qui cultive le chic pour soi… et le mépris pour ceux qui font sa richesse.

«C’est l’heure à laquelle je fuis le marché.» Place Morny – du nom du demi-frère de Napoléon III qui transforma ce marais en marigot pour aristos –, la peste en tailleur met son trancheur de jambon pata negra dans la confidence. «Ce n’est pas du tout la clientèle qu’on recherche, ça !», encourage, à voix basse, le commerçant. «C’est hor-ri-ble», articule la tragédienne, sans un son, mais avec des coups de menton vers la lie de la société, suivez son regard, cette populace qui tourne autour des casseroles déstockées «suite à la crise financière et à la délocalisation». À Deauville, aujourd’hui comme hier, les maîtres chez eux ne veulent rien savoir de la crise.

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vendredi 19 août 2011

Entourloupe patronale sur la contribution des riches

Dans les pas du multimilliardaire Warren Buffett, plusieurs grands patrons français préconisent une contribution 
« exceptionnelle » pour les nantis. Une manière, à leurs yeux, de faire passer la pilule de l’austérité pour le peuple!

Attention, grosse manip! Depuis que Warren Buffett, troisième fortune mondiale (50  milliards de dollars) selon le classement annuel de Forbes, a, en tant qu’ultra-riche, offert de participer à l’effort pour résorber la dette publique aux États-Unis, le petit monde des grands patrons français est en ébullition. Et, les uns après les autres, certains éminents représentants de notre Richistan se précipitent pour donner corps à la grande entourloupe, espérant désamorcer, au prix d’une mesure « transitoire », « exceptionnelle » et surtout parfaitement symbolique, la colère sociale suscitée à la fois par leurs rémunérations exorbitantes et par les dispositifs dits « d’optimisation fiscale » qui tournent à plein régime dans ce milieu-là. Mardi, dans les colonnes du Monde, Maurice Lévy, patron de Publicis et président de l’Association française des entreprises privées (Afep), le discret lobby rassemblant les groupes du CAC 40, propose une « contribution exceptionnelle des plus riches, des plus favorisés, des nantis ». « Il me paraît indispensable que l’effort de solidarité passe d’abord par ceux que le sort a préservés, poursuit Maurice Lévy. J’ai toujours considéré que la grande majorité des dirigeants méritaient leur rémunération, et pour certains plus encore. Mais je considère avec la même force qu’il est normal que nous, qui avons eu la chance de pouvoir réussir, de gagner de l’argent, jouions pleinement notre rôle de citoyens en participant à l’effort national. »

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vendredi 17 décembre 2010

La rigueur ou l’austérité, ces gens-là en rient

À l’occasion d’un colloque organisé à Saint-Germain-en-Laye, Yves Carcelle, PDG de Louis Vuitton, livre dans ce confortable entre-soi quelques bonnes nouvelles… Pour son groupe et pour les plus riches, mais pas forcément pour le reste de la société, condamnée, elle, à la rigueur et l’austérité!

Bienvenue dans un monde à part, un univers qui ne connaît pas la crise, cette bonne société qui s’en moque comme d’une guigne, un endroit où personne ne se demande comment remplir le frigo - Fauchon ou Petrossian sont là pour ça -, mais plutôt: « Avec toutes ces incertitudes sur les marchés, ne dois-je pas m’acheter un nouveau sac à main Hermès, au lieu d’un tailleur haute couture, puisque c’est plus durable? » À Saint-Germain-en-Laye (Yvelines), au bout du bout de l’ancestrale voie du pouvoir et de l’argent qui, du jardin des Tuileries à 
Paris, traverse Neuilly, la Défense et Le Vésinet, la mairie bleue UMP de cette cité royale, classée dix-neuvième, malgré sa taille modeste, au palmarès des villes françaises abritant le plus d’assujettis à l’impôt sur la fortune (ISF), organisait la semaine dernière un petit raout intitulé « Le paradoxe de l’industrie du luxe dans le contexte de la rigueur ». Un paradoxe… ou une insulte à ceux qui, ailleurs, triment? En ouverture de ces « Rencontres économiques » auxquelles la ville, revendiquant discrètement la comparaison avec Davos, avait convié, via un cabinet de relations publiques mais sans grand succès, la presse nationale, Gilbert Audurier, ancien banquier et adjoint au maire chargé du développement économique, pédale un peu dans le caviar pour s’en défendre: « Parler du luxe aujourd’hui pourrait passer pour une provocation, il n’en est rien. Le luxe et l’industrie du luxe fascinent. »

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vendredi 8 août 2008

Le diamant est éternel

Il ne faut pas désespérer le Richistan… Car quand il tousse, c’est le monde entier qui s’enrhume. Les chroniqueurs économiques en cour ne cessent de nous le chanter sur tous les tons: si les riches ne deviennent pas plus riches, les pauvres ne le seront jamais moins. Et dès lors, sur les sentiers de la mondialisation heureuse, il convient d’accroître les inégalités pour mieux les résorber.

Big bling bang bling. «J’ai changé de montre. Regardez, regardez! Celle-là, elle est toute plate, elle ne se voit pas, et pourtant, elle est quatre fois plus chère, et c’est ma femme qui me l’a offerte.» Selon les échos réguliers du Canard enchaîné, qui vous savez a passé une bonne partie de l’année à frimer avec sa Patek Philippe, «beaucoup plus discrète mais beaucoup plus coûteuse» que la précédente, une Rolex jugée «bling bling» au bout de quelques mois de dégringolade dans les sondages. Or, aux dernières nouvelles, l’industrie horlogère suisse s’est très bien portée en 2007: 4 400 embauches et 32 entreprises créées. Pour une fois que qui vous savez réussit un coup sur le front de l’emploi, il mériterait une récompense et, pourquoi pas, la dernière née de la marque genevoise Hublot, rachetée cette année par LVMH, Big Bang en or rouge, diamant et caoutchouc.

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jeudi 7 août 2008

À votre service, vassal

Mais qu’est-ce que vous attendez de lui à la fin? Qu’il vide des caisses qui sont déjà vides? Qu’il donne des ordres à des entreprises à qui il n’a pas à donner d’ordres, mais plutôt à en recevoir? Pas d’inquiétude, no problem: le philanthrope Richistan est là pour nous sauver. Quand l’État n’aura plus de blé, les fortunés sèmeront à tout vent; quand l’État, après n’avoir pas pu tout, ne pourra plus rien, la collusion entre les riches et les puissants sera totale.

Renaissance et dépendances. Au début du XVIe siècle, à Florence, Côme Ier de Médicis avait confié au génie de l’architecture Vasari le soin de construire d’élégants entrelacs de corridors pour relier entre eux les palais, privés ou publics. Le dispositif devait servir à abriter des regards les hommes d’État et leurs invités, à les protéger, eux et leurs affaires, ou encore à camoufler la confusion des intérêts privés et du bien commun. Quelques siècles plus tard, en Italie, le nouveau potentat Silvio Berlusconi ne s’embarrasse plus de ces considérations tactiques. Il est richissime et, on s’en souvient, il en fait son meilleur argument de campagne aux dernières législatives: «Moi, en tant que père, je vous conseille d’épouser un fils Berlusconi ou quelqu’un de ce genre-là, et je crois qu’avec votre sourire, cela ne devrait vraiment pas être difficile», avait répondu le magnat affairiste à une jeune précaire en détresse. Revenu au pouvoir, Silvio Berlusconi, 90e fortune mondiale (6 milliards d’euros), veut sauver son pays en faillite et, foin de corridors et d’antichambres, il n’a pas peur que ça se sache: comme l’Italie n’a plus guère de ressources et que les comptes publics sont dans le rouge, Berlusconi propose d’organiser, l’été prochain, le G8 dans l’une de ses dix villas sardes, à Porto Rotondo, sur la Costa Smeralda. Sans lui, homme providentiel ou nouveau mécène Médicis, et sa cagnotte, ça serait la honte assurée pour l’Italie, nue comme un ver dans son sac de jute, en direct sur toutes les chaînes d’info.

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mercredi 6 août 2008

La route des légendes

L’homme a marché sur la fortune. C’est un petit pas pour le riche, mais un bond de géant pour le Richistan. Toutes les gazettes relatent les exploits des derniers aventuriers des temps modernes, ceux qui ont quitté le ruisseau pour les jacuzzis. Et croire la fable, c’est le premier pas pour devenir un mythe à son tour.

Zola au feu, le prof au milieu. Imaginaires ravagés, enfance en danger: issu d’une famille aristocrate de l’Ardèche, 40e fortune de la nouvelle monarchie républicaine (1,07 milliard d’euros) et PDG de l’obscur mais rentable groupe Fimalac, Marc Ladreit de Lacharrière promet l’apocalypse: «Dans les lycées, aujourd’hui, on apprend aux enfants à avoir un jugement critique vis-à-vis de l’argent, sanglote-t-il dans le Point. On lit Zola et Maupassant, on voit la misère et l’argent qui corrompt, les méchants patrons. On pourrait étudier Guizot et les grands penseurs américains. Dans les livres d’économie, c’est pareil. On parle toujours du côté négatif de ceux qui s’enrichissent impunément, des délits d’initiés... Vous ne verrez jamais de success story racontée dans les manuels scolaires! » Autrement dit: ne laissez pas vos enfants seuls avec Zola; devant la télé, en revanche, rien à craindre, allez-y, enrichissez- vous, enrichissez-les.

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mardi 5 août 2008

Le monde est notre jardin

La maison brûle, mais le Richistan ne regarde pas ailleurs. La nature mutilée, surexploitée, ne parvient plus à se reconstituer, mais le Richistan, bon prince, est prêt à aider. Si le niveau des mers monte, les riches construiront des îles artificielles; si les inégalités sociales continuent de s’accroître, les riches érigeront des murs autour de leurs prisons dorées.

Bonjour, tristesse. Alors qu’à la Zahia, la joie en arabe, propriété du couple BHL-Dombasle dans la fastueuse médina de Marrakech, Marlon Brando passait, à une autre époque, ses journées dans la chambre la plus reculée à compter les étourneaux et à écrire des cartes postales qu’il n’envoyait jamais, à Marnes-la-Coquette, entre le parc de Saint-Cloud et la forêt des Fausses-Reposes, on manque de pain. Dans la commune la moins dense mais la plus riche d’Île-de- France (quelques-unes des 1 500 âmes paient en moyenne 92 891 euros d’impôts sur le revenu), la boulangerie a fermé; il ne reste plus que trois antiquaires. Johnny Hallyday qui, fiscalement installé en Suisse, possède là-bas une luxueuse villégiature et l’émir du Qatar, qui vient d’y faire construire une résidence sécurisée de 4 000 mètres carrés dans le parc privé sur la commune, pourront toujours grignoter des commodes Louis XV au petit déjeuner.

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lundi 4 août 2008

L'enfer, c'est nous autres

La fortune, ce n’est vraiment pas un cadeau, nous assènent les riches. Le Richistan a déclenché la guerre dans les mots: Richistan ! Richistan outragé, Richistan brisé, Richistan, martyrisé, mais Richistan libéré. Libéré par lui-même, libéré par son peuple… En redistribuant les représentations sociales, le monde des riches pense pouvoir éviter d’avoir à partager vraiment.

La Nuit du 4 août (bis). Pour mettre un terme à la «Grande Peur» qui se répand après la prise de la Bastille, les députés de l’Assemblée nationale constituante abolissent en une nuit les droits féodaux. Adieu dîmes ecclésiastiques, banalités et maîtrises, privilèges des provinces et des seigneurs. Avant le vote, monsieur le vicomte de Noailles monte à la tribune: «Le but du projet arrêté que l’Assemblée vient d’entendre est d’arrêter l’effervescence des provinces, d’assurer la liberté publique et de confirmer les propriétaires dans leurs véritables droits (…). Comment espérer la tranquillité publique ? En calmant le peuple, en lui montrant qu’on ne lui résiste qu’en ce qu’il est intéressant de conserver.» Un peu plus tard, le vote aura lieu dans l’enthousiasme et à l’unanimité. Le 4 août 2007, 218 ans plus tard, le Figaro Magazine célèbre l’anniversaire en publiant une «enquête sur les gâtés du système», intitulée «Les privilégiés de la République». Adieu, dîmes populaires sur la valeur ajoutée, banalités des parachutes dorés et maîtrises des stock-options, privilèges des rentiers et des spéculateurs? Vous n’y êtes pas: revendiquant l’héritage de 1789, l’hebdomadaire de Serge Dassault encourage Nicolas Sarkozy et le gouvernement Fillon à mettre à bas les régimes spéciaux, à guillotiner les avantages honnis des cheminots et des agents d’EDF, à tailler des costumes aux fonctionnaires «mieux payés que dans le privé», à «dégraisser le mammouth» des logements de fonction dans l’éducation nationale. Et aujourd’hui, le 4 août 2008? La grande peur a, semble-t-il, changé de camp; le gouvernement part en vacances et le peuple paraît calme; toute décence est maintenant abolie.

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