Parti très tôt en campagne, le fils de son père qui dirige l’entreprise familiale Radiall, sous-traitant de l’aéronautique 
(2 500 salariés, dont 1 300 en France), a évité tous les obstacles et écarté un à un tous ses concurrents. Il a battu son rival Frédéric Saint-Geours, président de l’UIMM, devant les instances de la fédération patronale de la métallurgie. Au conseil exécutif du Medef, il a réussi, avec le concours de circonstances de ses autres adversaires, à barrer la route à Laurence Parisot qui caressait l’idée de changer les statuts de l’organisation afin de pouvoir rempiler pour un troisième mandat. Assuré du soutien des plus puissantes fédérations patronales (la métallurgie, mais aussi les banques et les assurances) et de figures du CAC 40 comme Martin 
Bouygues et Stéphane Richard, il est ensuite parvenu à prouver à ses deux principaux concurrents, Geoffroy Roux de Bézieux et Patrick Bernasconi, qu’ils n’avaient plus aucune chance de l’emporter. Face à Pierre 
Gattaz, il ne reste plus que Hervé Lambel, un dernier candidat parfaitement inconnu qui n’a aucune chance de l’emporter.

Tout au long de cette campagne interne, Pierre Gattaz aura tenté de gommer son image à la fois d’héritier et d’apparatchik patronal – il a dirigé bon nombre de fédérations patronales et siégé à la direction des plus importantes –pour apparaître comme un sérieux chef d'entreprise de taille intermédiaire (ETI) qui exporte, une espèce rare en France et plus courante en Allemagne. Partisan déclaré de la «chasse en meute» sur les marchés à l’étranger, il revendique d’avoir été l’un des premiers à réfléchir «en filières industrielles». L’homme entend, dit-il, se concentrer sur l’économique, délaisser le social et, plus encore, le sociétal qui aura été l’une des marques de fabrique de Laurence Parisot.

Biberonné aux diatribes de son père – dans un article halluciné, publié par la revue Commentaire il y a deux ans, Yvon Gattaz fustigeait les «saint-dicats» coupables de tous les maux de la Terre et de la France en particulier –et chauffé à blanc par la petite musique ultralibérale du premier de ses soutiens, Denis Kessler, le futur président du Medef a, à de nombreuses occasions, laissé transpirer une idée très raide du «dialogue social». Bien sûr, il s’inscrit pleinement dans la conception en vogue dans les milieux patronaux, mais aujourd’hui partagée au gouvernement ou encore à la CFDT, de la primauté du contrat sur la loi, mais Pierre Gattaz pousse allègrement cette logique à son terme: pour lui, c’est bel et bien au niveau de l’entreprise que, dans des conditions souvent défavorables pour les salariés, la négociation doit se dérouler. Pour lui, des accords d’entreprise ou de branche devraient remplacer le principe de durée légale du travail à 35 heures. Sans surprise, et pour le coup, dans une parfaite continuité par rapport à Laurence Parisot, c’est sur le coût du travail que Pierre Gattaz entend se concentrer. Après les 20 milliards de cadeaux déjà accordés via le crédit d’impôt compétitivité emploi (Cice), le nouveau chef du Medef compte bien arracher un transfert de 25 milliards du financement de la protection sociale vers la fiscalité, avec une augmentation de 3 points de la TVA, ainsi qu’une baisse équivalente des dépenses publiques.

Dans le patronat, aujourd’hui, en définitive, tout change pour que rien ne change. «Je veux un Medef de combat», a promis, à plusieurs reprises, Pierre Gattaz. Comme si celui de Parisot n’en était pas un. Et comme si le gouvernement Ayrault qui, à chaque étape décisive jusqu’ici, a cédé face aux rodomontades théâtrales du patronat, menaçait aujourd’hui sérieusement le mur de l’argent

Article paru dans l'Humanité du 3 juillet 2013.