«C’est tout de même un peu étonnant d’entendre Denis Gautier-Sauvagnac dire qu’il ne peut pas révéler les noms des destinataires des enveloppes d’espèces, qu’il n’entend pas faire de délation, relève-t-elle. C’est un vocabulaire qu’on a l’habitude d’entendre dans des dossiers liés au grand banditisme, et pas avec des gens si honorables qui n’ont que l’intérêt général à la bouche. En fait, cela fait terriblement penser à la criminalité organisée…» Au nom du ministère public, la procureure attaque : «Au bout de six ans, Denis Gautier-Sauvagnac finit par indiquer entre deux portes que c’est aux syndicats qu’il a donné l’argent… Mais pourquoi devrions-nous le croire sur parole? Au tribunal correctionnel, quand un prévenu nous dit qu’il va prendre un emploi, qu’il va faire une formation, nous lui demandons de nous en apporter la preuve… Pourquoi Denis Gautier-Sauvagnac serait-il le seul à ne pas devoir apporter la preuve de ce qu’il avance?»

Rappelant que près d’un million d’euros a servi à des «compléments de salaires» non déclarés pour les cadres de l’UIMM et que plus de 15 millions se sont évaporés «dans le bureau de Denis Gautier-Sauvagnac», la procureure démonte la volonté de s’abriter derrière la «liberté syndicale» pour justifier les basses œuvres sociales du patronat: «Ce principe est intégré dans le bloc de constitutionnalité, mais la loi de 1884 ne dit pas que, quand on est dans le bureau d’un juge d’instruction ou devant un tribunal, on ne doit pas répondre aux questions!» Le parquet requiert une peine de deux ans de prison avec sursis ainsi qu’une amende de 250 000 euros pour Denis Gautier-Sauvagnac, une peine de huit mois de prison avec sursis pour Dominique de Calan, son adjoint à l’UIMM, et une amende de 150 000 euros pour la fédération patronale comme personne morale.

Article paru dans l'Humanité du 22 octobre 2013.