À l’avant-veille de la conférence sociale convoquée au Palais d’Iéna, la présidente du Medef a indiqué qu’elle comptait participer elle-même aux travaux sur les retraites. «C’est dire toute l’importance que nous donnons à ce sujet», insiste-t-elle, rêvant du «jour où, enfin, sans hypocrisie, sans mensonge, nous adopterons une réforme responsable et durable». Pour le patronat, le rapport Moreau ne va ni assez loin, ni assez fort: il «manque de rigueur et de hauteur de vue». Laurence Parisot préconise d’attaquer bille en tête les régimes des fonctionnaires: sur les 20 milliards d’euros de besoins de financement pour l’ensemble des régimes à l’horizon 2020, «8,6 milliards représentent les besoins de financement des seuls régimes des fonctionnaires; or, le rapport Moreau laisse sans réponse la question du financement de ces régimes».

La patronne des patrons fustige également des «pistes fiscales» qui «passent par une hausse des cotisations sur les entreprises et sur les actifs». «C’est tout simplement inenvisageable et irresponsable», rejette-t-elle. Dans le même esprit, elle se pose en défenseur des pensions des retraités. Pour le Medef, il faut y aller plus franchement sur l’âge de départ et la durée de cotisation, évidemment. «Le rapport imagine un déplacement de l’âge légal ou un allongement de la durée de cotisation sur un rythme tellement lent qu’effectivement ces mouvements ne produisent que très peu d’effets», déplore Laurence Parisot. Dans le cadre de la conférence sociale, la présidente du Medef compte présenter le «problème» des retraites comme une «question purement arithmétique», avec des «variables simples» comme la hausse de l’âge du départ et l’augmentation de la durée de cotisation. «Tous nos partenaires européens, tous nos partenaires occidentaux l’ont fait. Je n’arrive pas à comprendre au nom de quel principe miraculeux, nous, en France, pourrions échapper à cette loi.» Pour sauver son monde, Laurence Parisot incite à «augmenter la durée de travail» chaque année et tout au long de la vie. Dans son testament politique, il n’y a décidément que des épines pour le plus grand nombre.

Article paru dans l'Humanité du 19 juin 2013.