En réalité, le marché entre patronat et gouvernement a pris corps au cœur de l’été: le Medef lançant un leurre dans sa plate-forme sur les retraites et les cabinets ministériels gobant le geste présenté comme un signe d’«ouverture»: légère hausse des cotisations retraite contre transfert massif des cotisations famille vers la TVA ou la CSG et allongement de la durée de cotisation pour les salariés… Et maintenant que le gouvernement a une fois de plus accepté sans barguigner ses conditions sur l’essentiel, l’organisation patronale entend pousser le bouchon. Devant les militants du Medef, puis devant la presse, Pierre Gattaz dénonce le «choix d’une non-réforme» – ou une «petite réformette», dira-t-il également –, prophétisant un retour du débat sur les retraites «dans quelques mois». Il faut, dès maintenant, «passer l’âge de départ à 63 ans et allonger à 43 annuités la durée de cotisation». Et le président du Medef de railler: «On applique toujours la même recette depuis trente ans: J’ai un déficit, un problème de retraite, alors je taxe… Les entreprises, les particuliers, qu’importe, je taxe ! Puis je me rends compte que ça freine l’activité, alors je crée un crédit d’impôt qui adoucira l’impact de la nouvelle taxe. Mais je me demande comment financer cette exception, alors je crée une nouvelle taxe.»

Pour le Medef qui réclame, pour les entreprises, une baisse de 100 milliards d’euros des impôts et des cotisations sociales, le transfert des «charges» doit aller bien au-delà d’une simple compensation de la hausse des cotisations retraite vers la TVA ou la CSG. «Il y a une certitude de la hausse de cotisations face à une promesse de baisse du coût du travail», gourmande encore Pierre Gattaz. Alors que Pierre Moscovici, auteur d’une sortie sur le «ras-le-bol fiscal des Français», très appréciée dans les cénacles patronaux, participera ce jeudi à l’université d’été, le Medef attend du ministre de l’Économie des détails sur le nouveau cadeau que lui prépare le gouvernement.

Article paru dans l'Humanité du 29 août 2013.