À la fin de l’été dernier, le premier ministre et une bonne dizaine de membres de son gouvernement étaient allés à Jouy-en-Josas (Yvelines) pour la traditionnelle université d’été du Medef roucouler devant le parterre de patrons, comme pour rattraper un coup qu’ils n’avaient pourtant pas porté: en vérité, dès la première conférence sociale, Jean-Marc Ayrault avait surtout renvoyé aux calendes grecques la plupart des promesses emblématiques du candidat Hollande sur l’obligation de cession d’un site rentable ou sur l’encadrement plus sévère des licenciements. Quelques mois plus tard, à la faveur du rapport Gallois sur la compétitivité, un cadeau de 20 milliards d’euros a été accordé aux entreprises, via le crédit d’impôt compétitivité emploi (Cice). Selon le compte rendu d’une réunion interne du Medef en mars dernier, la patronne des patrons a «déclaré que l’on n’avait jamais obtenu autant pour les entreprises qu’avec le Cice».

En janvier dernier, le patronat signe avec la CFDT, la CGC et la CFTC un accord interprofessionnel, baptisé par antiphrase de sécurisation de l’emploi, qui sera transposé sans barguigner. Dans ses publications internes, là encore, le patronat ne cache pas ce qu’il a gagné - le Medef parle ainsi de «très gros avantages pour les entreprises» -, même si Parisot admet benoîtement «ne pas vouloir aller trop loin dans la communication avant la parution des décrets afin de ne pas susciter d’actions des adversaires». Dernière illustration cinglante de ce théâtre d’ombres dans lequel Laurence Parisot aura excellé: la deuxième conférence sociale il y a une dizaine de jours. A l’issue de ce nouveau raout qui aura désespéré plus d’un syndicaliste salarié, le Medef est sorti aux anges, rasséréné par la perspective évoquée, sans plus de précisions, par François Hollande d’opérer un transfert du financement de la protection sociale vers la CSG ou la TVA. À l’heure de laisser la place à Pierre Gattaz, Laurence Parisot peut se gargariser de son bilan face au gouvernement Ayrault.

Article paru dans l'Humanité du 3 juillet 2013.